Coast Guard

Coast GuardEn Corée du Sud, une base militaire veille à ce qu’aucun espion de Corée du Nord ne pénètre dans le pays. Le soldat Kang prend sa mission très à cœur, jusqu’au jour où il tue sauvagement un homme qui s’avère être un pêcheur local. Cette bavure va faire sombrer le soldat et son unité vers une folie paranoïaque.

Le cinéma coréen a le vent en poupe et Kim Ki-duk n’y est pas étranger puisqu’il est l’un des réalisateurs coréens qui, à la fin des années 90, a su redynamiser le cinéma de son pays et, surtout, l’exporter, s’afficher dans divers festivals internationaux, notamment français, jusqu’à l’explosion que l’on vit en ce moment. Un rapide coup d’œil à la filmographie de ce réalisateur hors norme (il n’a suivi aucune formation cinématographique et a forgé son savoir-faire en baroudant en Europe avant d’étudier les arts à Paris jusqu’au début des années 90) suffit pourtant à se rendre à l’évidence : s’il est un acteur majeur de ce que l’on peut se risquer à appeler « la nouvelle vague du cinéma coréen » (d’aucuns diront la « première »), son cinéma n’a rien de spécifiquement coréen, il est même plutôt atypique, et c’est ce qui a d’ailleurs probablement capté les regards.

The Coast Guard sort donc sur nos écrans après ‘Samaria’ et ‘Spring, Summer, Autumn, Winter… and Spring’ du même réalisateur, des films pourtant postérieurs dans sa filmographie. Ce choix résolument opportuniste ne provoquerait guère plus que des grincements de dents s’il s’opérait sur l’œuvre d’un réalisateur « multi-genres », seulement ce n’est pas vraiment le cas de Kim Ki-duk, metteur en scène aux gimmicks caractéristiques et aux sujets récurrents qui passionne avant tout pour son évolution filmique. De fait, les amoureux de ‘Spring, Summer’, assurément le film le plus « sage » de son auteur, risquent d’être déçus par ce Coast Guard, disons-le de suite, mineur.

Le soldat Kang (Jang Dong-kun) est cantonné dans une base militaire à la frontière sud-coréenne. Son travail – et celui de son unité – est de veiller à ce qu’aucun espion nord-coréen ne franchisse la frontière. Kang est différent de ses camarades en ce qu’il prend très à cœur sa mission, son objectif avoué étant de tuer un espion. Une nuit, le soldat, de garde, aperçoit un homme sur la plage interdite. Il vide son chargeur dans sa direction avant de lancer une grenade. En s’approchant des restes fumants, les militaires constatent qu’il ne s’agissait que d’un pêcheur du coin qui faisait l’amour avec sa douce, Mee-Yeong (Park Ji-ah). La folie s’empare du soldat Kang et, bientôt, de son régiment entier.

Ki-duk continue d’explorer les interactions dévastatrices qui se créent entre le corps militaire et les communautés locales alentours comme il avait commencé avec ‘Address Unknown’. Son expérience personnelle de 5 ans dans la marine doublée d’un ras-le-bol de la militarisation en Corée sont ses sources d’inspiration évidentes. Il malmène une poignée d’hommes surentraînés jusqu’à développer chez eux une paranoïa qui confine à la folie. Ironiquement, ce n’est pas tant la frontière administrative que la frontière mentale qui est franchie. Mais montrer l’escalade de la folie, le dérapage psychologique, est un exercice difficile au cinéma qui exige une direction d’acteur solide. Hélas, du choix de Jang Dong-kun dans le rôle du militaire fou ou d’une mauvaise direction de Ki-duk, nous ne saurons pas lequel des facteurs aura plombé l’ensemble. La belle gueule montante du cinéma coréen ne se dépêtre jamais d’un jeu trop académique et sa moue de poisson frit ne le rendent pas crédible. Le Private Pyle (Baleine en VF) de ‘Full Metal Jacket’ s’impose à la mémoire et la comparaison est douloureuse pour le film de Ki-duk, qui pourtant consacre l’intégralité de son long métrage à l’escalade de démence de son protagoniste. Et ce ne sont pas les sourires niais de Park Ji-ah face aux soldats qui rattrapent le morceau. Son personnage féminin, à la fois catalyseur et victime de toutes les pulsions masculines, est aussi intéressant qu’agaçant, ratant ainsi la dimension émotive qu’il est sensé inspiré. Enfin, le scénario piétine sur place même si le metteur en scène distille quelques trouvailles visuelles qui en secouent le développement. Tout n’est cependant pas gris dans ‘The Coast Guard’ : la violence qui se décuple à chaque échelon hiérarchique inférieur est particulièrement bien rendue, c’est par des seconds rôles impeccables que l’imprévisibilité de Kang fonctionne, et sur un plan plus technique la photographie soignée permet quelques jolis moments de poésie glauque qui rappellent ‘L’Ile’ ou ‘Birdcage Inn’. On regrette pour une fois que la musique se fasse si discrète, elle qui aurait pu corriger les errements de personnages à la santé mentale finalement peu captivante.

The Coast Guard passionne peu mais noue avec une réussite certaine les réflexions de son auteur, qu’il s’agisse de l’emprise mentale de la femme sur l’homme ou de la folle paranoïa surgie d’un partage territorial dément et dont les victimes sont, comme toujours, la population. La griffe est là, le soin également, mais cette incursion dans le film dialogué laisse planer un scepticisme tenace sur ce qu’on aurait aimé considérer comme un beau film.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s